D'abord, il y a ces yeux, qui vous regardent vraiment, sans se détourner ni se distraire, ni se reposer. On se dit "c'est bon signe pour une photographe" et on a raison. Comme ces yeux-là ont l'air gentils, on dit qu'on est d'accord pour qu'ils vous photographient, même si l'on aime pas trop ça d'ordinaire. On comprends vite que ces yeux, tout bienveillants qu'ils soient cherchent la vérité d'un personnage. En un tout petit mieux, parce qu'on est comme là pour rêver. Et aussi, peut-être, parce que Sylvia est une fille, avec tout ce que ça comporte de complicité ou d'indulgence envers ses semblables.
Une séance avec elle, ça ne se passe pas souvent dans un studio: ses yeux ont besoin d'air, d'espace, de lumière. Ils aiment aller à la campagne, partir au bord de mer, grimper des collines. Parfois, ils s'accomodent aussi de halls d'hôtels, de bars ou de chambres: ce sont des yeux exigeants, mais pas difficiles. Partout, ils traquent des cadres, des angles, et après, comme ses yeux sont également des yeux de comédienne, ils vous demandent de vous glisser dans l'image pour interpréter un rôle: le vôtre.
Quand, quelques jours plus tard, Sylvia arrive avec ses photos, il se passe deux choses étranges et simultanées: d'abord on se reconnait. Et puis on sourit quand même. Sylvia Galmot, moi je dirais qu'il y a quelqu'un derrière cet objectif là.
Alix Girod de l'Ain
Journaliste à ELLE